Et si, pour rencontrer le public, il fallait changer de lieu ?
Et si, pour rencontrer le public, il fallait changer de lieu ?
Avec Hélène Paillette, productrice de concerts et créatrice des Concerts à la Ferme
Pourquoi j’ai voulu faire cet épisode
Quand on parle d’accessibilité dans le spectacle vivant, on pense d’abord aux personnes en situation de handicap. C’est d’ailleurs par là que cette série a commencé, avec Enora Le Fustec au Théâtre Mogador.
Mais il existe une autre barrière, plus silencieuse : la distance. Celle des kilomètres, quand on vit loin des grands centres. Et celle, plus difficile à mesurer, du « ce n’est pas pour moi ».
Depuis mon retour en France, je mesure à quel point tout se concentre dans quelques grandes villes. Hélène, elle, a décidé de ne pas attendre que les gens viennent. Depuis 2023, elle fait entrer la musique classique, lyrique et jazz dans des granges, des étables et des exploitations agricoles.
Je voulais comprendre ce que ça change, concrètement, quand on inverse le mouvement.
Ce que tu vas entendre dans cet épisode
Hélène raconte :
• d’où vient son rapport à l’accessibilité, et le déclic qui l’a fait sortir des salles ;
• pourquoi la ferme : un lieu que tout le monde identifie, dans son propre village, et qui enlève déjà une barrière ;
• comment elle embarque les agriculteurs, qui deviennent les hôtes de la soirée et ses meilleurs ambassadeurs auprès de leurs voisins ;
• comment elle choisit les artistes et construit le programme pour des gens qui ne sont pas forcément connaisseurs : des grands airs qu’on reconnaît sans le savoir, et des pièces qui surprennent ;
• ce qu’implique un concert dans un lieu qui n’est pas fait pour ça : le froid, la chaleur, la boue, les courants d’air ;
• le choix de la participation libre, et ce qu’il demande côté organisation ;
• ce qu’elle a appris et ajusté en quatre éditions.
« En déplaçant le concert, on déplace aussi la relation au public. »
— Nada to Data, avec Hélène Paillette
- Que l’accessibilité ne se décrète pas. Elle se construit dans des détails très concrets : le lieu, l’accueil, le programme, les artistes, la confiance avec un territoire.
- Qu’en déplaçant le concert, on déplace aussi la relation au public. Les artistes descendent du piédestal. Le public devient acteur du moment.
- Que remplir une fois ne suffit pas. Penser à celles et ceux qui reviendront l’année suivante, c’est de la fidélisation, même sans CRM.
Et peut-être surtout : la bonne question n’est pas « comment faire venir les gens ? », mais « qu’est-ce qu’on est prêt à changer pour aller vers eux ? ».
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Changer de billetterie : dans les coulisses du chantier
Avec Yann Simonneaux, responsable de l’accueil et de la billetterie à L’Azimut
Pourquoi j’ai voulu faire cet épisode
On entend souvent parler des changements de billetterie une fois qu’ils sont terminés. Avec le recul, tout paraît logique. Les doutes ont disparu.
Avec Yann, j’ai voulu faire l’inverse : enregistrer pendant que le chantier était en cours, quelques semaines avant l’ouverture des ventes de la nouvelle saison, le 17 juin.
Parce que changer de logiciel de billetterie, ce n’est pas remplacer un outil par un autre. Ça touche les équipes, les processus, les données, le parcours spectateur. Et c’est en plein milieu qu’on voit ce que ça remue vraiment.
Ce que tu vas entendre dans cet épisode
Yann, responsable de l’accueil et de la billetterie à L’Azimut, raconte :
• ce que recouvrent l’accueil et la billetterie dans un lieu comme le leur, bien au-delà de la vente de billets ;
• comment la décision de changer d’outil a mûri ;
• comment le projet est devenu collectif, et ce que d’autres services ont dû revoir dans leur façon de travailler ;
• les questions très concrètes sur les données : ce qu’on garde, ce qu’on nettoie, ce qu’on veut retrouver dans le nouvel outil ;
• les tests avec les publics et l’accompagnement au changement ;
• les arbitrages nécessaires pour ne pas vouloir tout faire d’un seul coup.
Trois mois après : le bilan
En septembre, trois mois après l’ouverture des ventes, j’ai rappelé Yann. La saison démarrait le soir même, et une panne de réseau compliquait la journée. Il a quand même pris le temps de me raconter la suite.
Alors, ce changement de billetterie, quel bilan ?
« On est hyper contents d’avoir changé. Ça s’est vraiment bien passé. On a vu une augmentation des ventes et du nombre d’adhérents. Est-ce que c’est le logiciel, le contexte ? Je pense que c’est un mélange de plein de choses. »
Le premier jour pesait lourd : « On fait à peu près un cinquième des ventes de la saison le premier jour. Il ne fallait pas qu’on se loupe. » En septembre, une quinzaine de spectacles affichaient déjà complet.
Dans l’épisode, tu parlais de tests avec des spectateurs. Qu’est-ce qu’ils vous ont appris ?
« On a sélectionné une dizaine de personnes, des complices : des bénévoles qui nous aident sur plein de sujets. Ils venaient sur place, on restait un peu dans un coin. La seule consigne, c’était d’acheter des adhésions, sans qu’on les guide. »
Et ce qui en est ressorti : « Il y avait des habitudes de l’ancien logiciel à déconstruire. Les gens avaient l’habitude de nommer chaque place de leur adhésion, ce qu’on n’avait pas prévu. Et certains endroits du parcours n’étaient pas intuitifs. »
Une scène l’a marqué. Deux testeurs, en même temps : « Les complices qui n’étaient pas du tout à l’aise avec Internet s’en sont sortis très rapidement. La personne habituée à l’ancien logiciel, elle, était en mode : je ne comprends rien à votre nouveau logiciel. »
Si c’était à refaire, tu ajusterais quoi ?
« Le temps. On pensait que ça prendrait une demi-heure, une heure. C’était parfois une heure et demie par personne. » Et le panel : les complices étant plutôt âgés, l’équipe a ajouté deux ou trois profils plus jeunes pour tester tous les tarifs.
Et le tutoriel vidéo, il a servi ?
« On a hésité à le faire, parce que ça prenait beaucoup de temps. Les anciens faisaient une centaine de vues au maximum. Celui-ci, 400 ou 500. Je pense que ça a aidé. »
Qu’est-ce que vous avez tranché depuis l’épisode ?
La question du compte client, encore ouverte quand on avait enregistré, est réglée : « Jusqu’en novembre, quand se font 95 % des adhésions, le compte reste obligatoire. À partir de décembre, il y a plus de musiques actuelles, des achats plus rapides. Là, on veut moins de blocage : on peut acheter sans créer de compte. »
Autre nouveauté, décidée au dernier moment : le paiement en trois fois dès 100 €, activé en juillet. Une trentaine de personnes l’avaient déjà utilisé en septembre.
Et une bonne surprise : la garde d’enfants pendant les spectacles, de 3 à 12 ans. « D’habitude, ça ne marche pas très bien. Avec la nouvelle interface, c’est mieux mis en valeur, et ça change tout. Certaines séances sont déjà complètes. »
Et pour l’équipe, ça a représenté quoi ?
« Une grosse charge de travail. Mais ça a soudé l’équipe. On a pris les décisions collectivement, chacun avait sa part. » Le chantier a touché bien au-delà de la billetterie : conditions de vente, RGPD, comptabilité, relations publiques, communication.
Son regret : « On n’avait pas suffisamment nettoyé le CRM en amont. S’il y a un changement d’outil, il faut le faire avant. »
Qu’est-ce qui reste à faire ?
« On vise décembre pour tout l’aspect billetterie, et juin pour le CRM. » Le mini-site dédié aux réservations scolaires est reporté à la saison 2027-2028. « C’est un logiciel tout jeune. On le maîtrise bien, mais on va encore apprendre. »
Dernière question : le soir du 17 juin, vous avez fêté ça ?
« On a sorti la bière. »
« Ça a été une grosse charge de travail. Mais ça a soudé l’équipe. »
— Yann Simonneaux, L’Azimut
- Qu’un changement de billetterie est un projet d’organisation, pas un projet informatique. Il touche l’accueil, la communication, les RP, la technique et la comptabilité.
- Que tester avec de vrais publics, sans consigne, révèle ce qu’aucune équipe ne voit de l’intérieur.
- Que les habitudes sont le vrai chantier : celles des équipes comme celles des spectateurs.
Et que le 17 juin n’était pas une ligne d’arrivée. C’était une étape.
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Tu prépares un changement d’outil de billetterie ou de CRM ? Parlons-en.
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Épisode #8 : Lancer, relier, écouter… et continuer
Pourquoi j’ai voulu faire cet épisode
C’est la fin de la saison 1 de Nada to Data.
Et pour marquer le coup, j’ai eu envie de prendre le micro toute seule.
Pas pour faire un bilan officiel, ni pour cocher une case.
Mais parce que ce podcast m’a transformée. Et je sentais que c’était le bon moment pour revenir sur ce qu’il m’a appris, ce qu’il a déclenché, et ce que j’imagine pour la suite.
Alors j’ai pris une pause. J’ai regardé en arrière. Et j’ai parlé.
Pas à tout le monde. À toi.
Ce que tu vas entendre dans cet épisode
Je raconte d’où est né Nada to Data, ce qui m’a poussée à le lancer malgré les doutes — et pourquoi ce “lancer sans tout savoir”, c’est exactement ce que j’ai envie de transmettre.
Je parle aussi de ce que cette saison m’a permis :
– les liens tissés entre la France et le Québec,
– les récits sincères reçus en dehors des cadres formels,
– cette culture du « tester, ajuster, avancer » qui me parle tant.
Je t’ouvre aussi une porte vers la suite :
– la création d’un blogue pour accueillir d’autres voix,
– l’envie de lancer une communauté de pratique entre les deux rives,
– et bien sûr, cette question qu’on ne peut plus éviter : celle de l’intelligence artificielle.
Pourquoi elle est sur toutes les lèvres.
Pourquoi, selon moi, on va parfois trop vite.
Et pourquoi, avant de rêver d’outils magiques, on ferait bien de consolider les bases.
Écoute l’épisode ici :
Avec quoi on ressort
Que lancer un projet imparfait peut ouvrir des chemins inattendus.
Que l’écoute sincère peut créer des ponts — entre personnes, entre pays, entre visions.
Que l’IA, aussi puissante soit-elle, n’aura d’impact réel que si elle s’appuie sur une stratégie claire, des données bien structurées, et des équipes qui comprennent ce qu’elles font.
Et peut-être surtout :
qu’on peut faire beaucoup, avec peu.
Un pas à la fois.
👉 Écouter l’épisode (ou sur ta plateforme préférée)
Pour aller plus loin
Si tu es tombé·e ici un peu par hasard, je me présente : je suis Karine Rahmani.
Je suis consultante et formatrice en marketing numérique et analyse de données, spécialisée dans le milieu culturel.
J’aide les salles à vendre plus de billets, à mieux comprendre leurs publics, et à activer leurs données — sans jargon, et un pas à la fois.
Et parce que tout ça ne se fait pas en claquant des doigts, j’ai créé le podcast Nada to Data.
L’idée ? Montrer que chaque petit pas compte.
Que les histoires du terrain, parfois fragiles ou imparfaites, valent souvent bien plus que de grandes théories.
Ce sont ces voix-là que je veux faire entendre.
Pour que tu puisses, toi aussi, avancer à ta manière.
Je partage chaque épisode, et quelques astuces pratiques, dans mon infolettre.
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Merci d’avoir été là cette saison.
À très vite pour la suite de Nada to Data ✨



