Jeune public : enfants, parents, enseignants… comment créer l’envie de spectacle ?
Avec Pierre-François Mion, directeur marketing, expérience client et partenariats à la Maison Théâtre (Montréal)
Pourquoi j’ai voulu faire cet épisode
La Maison Théâtre, c’est un des premiers théâtres que j’ai découverts en arrivant au Québec. Alors quand Pierre-François Mion, son directeur marketing, expérience client et partenariats, a accepté de venir parler de théâtre jeune public, j’étais ravie.
Mais ce n’est pas qu’une histoire de cœur. Le jeune public, c’est un cas d’école pour qui s’intéresse à ses publics. Celui qui choisit le spectacle, celui qui paie et celui qui le vit ne sont pas la même personne. Le parent, l’enseignant, l’enfant : trois attentes, trois façons de décider.
Et à Montréal, la Maison Théâtre, c’est du volume. Environ 60 000 billets par an. Des pièces pour les 18 mois à 18 ans. Deux tiers de public scolaire, un tiers de familles. De quoi observer de près ce qui fait venir… et surtout ce qui fait revenir.
Parce que c’est là que tout se joue. Pierre-François le dit sans détour : le plus grand défi, ce n’est pas la première visite. C’est la deuxième.
Ce que tu vas entendre dans cet épisode
Pierre-François raconte :
· pourquoi la Maison Théâtre refuse l’étiquette de « public de demain » : pour elle, les enfants sont déjà un public ;
· comment choisissent les enseignants (un besoin pédagogique, un accompagnement pour trouver la bonne pièce) et les familles (passer un bon moment ensemble, puis, avec l’habitude, transmettre) ;
· la répartition réelle : environ 40 000 billets scolaires sur 140 à 150 représentations, 20 000 billets familiaux sur 100 à 110 ;
· pourquoi les parents deviennent plus exigeants à chaque sortie, alors que les enseignants se détendent au fil des visites ;
· le rythme surprenant des écoles, qui reviennent souvent une année sur deux ;
· ce qu’on ne maîtrise pas : l’après-Covid, un centre-ville moins fréquenté, les travaux, le budget des familles, la concurrence des autres loisirs ;
· la « boucle d’accompagnement » : une médiation qui commence dès le choix du spectacle et se prolonge en classe, après la représentation.
Théâtre jeune public : pourquoi tout se joue à la deuxième visite
La première visite, c’est souvent la curiosité. On découvre le lieu. On teste une sortie qu’on n’a jamais faite ensemble.
Mais elle révèle aussi tout ce qui peut coincer. Le décorum qui intimide. L’enfant agité, et la peur de déranger. Le moment où il décroche. Pour un parent, le moindre petit obstacle peut suffire à ne pas revenir.
Et pourtant, c’est en revenant que l’enfant progresse comme spectateur. La salle et les lumières qui s’éteignent l’impressionnent moins. Il se concentre mieux. La sortie prend plus de sens.
Côté données, une phrase m’a arrêtée. La Maison Théâtre espérait que la sortie scolaire donne aux enfants le goût du théâtre, et que cette habitude passe ensuite dans les familles. Aujourd’hui, ce transfert, on ne l’observe pas. Le public familial se diversifie, mais lentement. Ça ne veut pas dire que les graines ne sont pas semées. Ça veut dire qu’on ne sait pas encore le mesurer.
Et toi, est-ce que tu sais relier une sortie scolaire à un achat en famille quelques mois plus tard ? Si la réponse est non, ce n’est pas un échec. C’est un chantier.
Les questions qu’on me pose souvent sur le sujet
Qu’est-ce qui fait revenir le public familial au théâtre jeune public ?
Une première sortie sans accroc, et le sentiment qu’elle avait du sens. À la Maison Théâtre, Pierre-François le constate : la première visite révèle les freins. La peur du décorum, l’enfant agité, la pièce qui n’a pas plu. La médiation aide à les lever avant même le spectacle, dès le choix de la pièce.
Comment les enseignants choisissent-ils un spectacle jeune public ?
D’abord selon un besoin pédagogique et selon leur groupe. La Maison Théâtre les accompagne : les thématiques abordées, les difficultés possibles pour les élèves, des documents pour préparer la sortie et en parler après. Ce côté clé en main les rassure, et fait partie de ce qui les fait revenir.
À quoi sert la médiation culturelle en jeune public ?
À créer le lien entre l’œuvre et le public, avant, pendant et après le spectacle. À la Maison Théâtre, elle s’inspire de la discussion philosophique : des échanges en groupe où toutes les paroles sont bienvenues. Elle aide les jeunes à mettre des mots sur ce qu’ils ont ressenti, inconfort compris. Et elle rassure les adultes qui les accompagnent.
« Pour moi, le plus grand des défis, c’est de les faire revenir. »
— Pierre-François Mion, Maison Théâtre
- Qu’en jeune public, on parle toujours à deux publics à la fois : l’adulte qui choisit et l’enfant qui vit le spectacle. Leurs attentes ne sont pas les mêmes.
- Que la deuxième visite est le vrai point de bascule. Elle se prépare dès la première, en levant les petits freins qui font renoncer.
- Que la médiation n’est pas un supplément. C’est un parcours spectateur, du choix de la pièce jusqu’à la conversation d’après.
Et qu’un enfant n’est pas le public de demain. C’est déjà un public.
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